Ce programme a été conçu à l'intention des étudiants d'académies diplomatiques ou de jeunes diplomates n'ayant eu jusqu'ici qu'une expérience limitée de leur profession. Il vise à les sensibiliser à l'évolution du métier diplomatique en prenant en compte les modifications que la globalisation économique et l'utilisation planétaire des nouvelles techniques d'information et de communication ont introduites au cours des vingt dernières années dans les structures et les modalités de fonctionnement des relations internationales.
Conçu et animé par deux anciens ambassadeurs de carrière, le module comporte des présentations académiques mettant en lumière les changements intervenus, des études de cas pour les illustrer, et l'analyse interactive de documents et situations visant à associer les participants à la réflexion et aux débats.
Deux versions sont mises à la disposition des institutions intéressées: l'une avec des travaux regroupés sur deux journées; la seconde, plus développée, couvrant une période de cinq jours et privilégiant les études de cas. L'une et l'autre se développent autour de huit thèmes: les quatre premiers correspondent aux secteurs qui ont été marqués par les changements les plus radicaux, tandis que les autres s'attachent aux modifications intervenues dans des domaines traditionnels de l'action extérieure ou dans la prise en compte de l'évolution des données socio-politiques internationales:
1- La multiplication des acteurs:
Les centres de décision et d'impulsion de la vie diplomatique sont de plus en plus nombreux. Les nouvelles forces qui y interviennent relèvent soit de la sphère publique soit de la société civile où l'action des ONG, grâce au web notamment, a transformé nombre d'entre elles en interlocuteurs de facto des représentants des Etats dans de nombreux forums internationaux. Pour préserver ou accroître les capacités d'intervention et d'influence de leurs gouvernements, les diplomates sont conduits à prendre en compte le jeu de ces nouveaux participants tant dans la préparation des négociations qu'au cours de leur déroulement.
2- Le déplacement des centres de décision:
L'élargissement du nombre des pays où la désignation des dirigeants résulte d'élections au suffrage universel et la multiplication aussi des actes de politique étrangère ayant des incidences sur la vie quotidienne des électorats, ont entraîné au sein des instances gouvernementales un déplacement des centres de décision responsables des relations avec l'extérieur.
Le ministre des affaires étrangères et son entourage sont de moins en moins des initiateurs et le jeu diplomatique est désormais largement commandé par les cellules compétentes installées auprès des chefs d'Etat et de gouvernement. Cette translation a conféré une importance nouvelle aux préoccupations domestiques dans la détermination des orientations de l'action extérieure, et elle a rendu aussi plus complexe l'action des équipes diplomatiques chargées de les mettre en œuvre.
3- La médiatisation:
Traditionnellement conduites dans la plus grande confidentialité, les négociations internationales se déroulent désormais sous le contrôle vigilant des parlements, des groupes d'intérêts, des médias et des électorats. La notion de secret est devenue une peau de chagrin qui ne subsiste que difficilement et pour préserver durant des laps de temps limités les possibilités de marchandage indispensables à toute négociation. Dans ces conditions l'interlocuteur principal d'une délégation
n'est plus seulement celle de l'autre ou des autres parties, mais tout autant les opinions publiques concernées qu'il faut informer, neutraliser, ou convaincre.
Cette nécessité d'assurer une large promotion des positions nationales a entraîné des modifications significatives dans les dispositifs et relais de l'action diplomatique à l'étranger, mais aussi dans le recrutement et la formation des diplomates, et notamment le travail des ambassadeurs et leurs relations avec les médias.
4. L'évolution de la notion de puissance:
Les performances économiques nationales prennent souvent le pas désormais sur la puissance militaire, et même pour les Etats qui continuent d'estimer indispensable le maintien de leurs capacités stratégiques, les terrorismes et les guerres de quatrième génération ont eu des effets de nivellement difficilement contrôlables. A de rares exceptions près, les notions traditionnelles de souveraineté et de grande puissance sont devenues des concepts qui prennent pour un même Etat un sens variable selon les sujets traités et leur contexte. Compte tenu de cette multiplicité des composantes du jeu diplomatique, de nombreuses possibilités existe pour un Etat quelconque de ne pas rester enfermé dans les limites de ses données géographiques, économiques et militaires. Cette situation donne une importance particulière à l'expertise des corps diplomatiques qui peut, à l'intérieur de certaines limites, contribuer au déclassement ou surclassement d'un pays sur l'échiquier international.
5. Les nouvelles donnes de l'analyse géopolitique. L'exemple de la Turquie:
Les nouvelles composantes de la notion de puissance font bien apparaître que l'analyse géopolitique est devenue beaucoup plus complexe qu'auparavant et qu'elle comporte de nombreux risques d'erreurs si elle n'est pas conduite correctement. L'évolution récente de la Turquie, comme celle de l'Inde et du Brésil, tous trois désormais membres du G20, servira d'étude de cas.
6. L'instrumentalisation du facteur religieux:
L'effondrement des idéologies, loin de conduire à la ''fin de l'Histoire'', a ramené les phénomènes culturels et en particulier la composante religieuse sur le devant de la scène. Cette évolution imprègne désormais les sociétés et les esprits: les religions, y compris dans leurs manifestations les plus extrêmes, servent, à bien des égards, de justification, d'analyse, et de référence dans les relations entre Etats.
Il appartient aux diplomates d'apprécier si ce phénomène peut servir de catalyseur à l'ancrage de certains pays dans la mondialisation, ou s'il accroît au contraire les risques de fracture conduisant à un ''choc des civilisations''.
7. L'ajustement des principes et règles démocratiques dans la gestion des crises:
Il est généralement admis que la démocratie et la bonne gouvernance constituent les outils les mieux adaptés tant à la résolution des conflits qu'au maintien de la paix et de la stabilité. Or la multiplication des crises, qu'elles soient politiques (Iran), militaires (Afghanistan), ou humanitaires (Haiti), montre que les principes et les règles démocratiques trouvent rapidement leurs limites dans cette recherche.
Ici aussi, il appartient aux diplomates de trouver des voies et moyens pour contourner cette faiblesse afin d'apporter des réponses adéquates et durables aux crises internationales.
8. La nécessaire pérennité des règles et usages diplomatiques:
A la faveur des bouleversements introduits par la mondialisation, un certain nombre de pays cherchent à s'affranchir des règles traditionnelles régissant les relations internationales. Ce comportement rend plus difficile et plus aléatoire la résolution des différends et des conflits, alors que la globalisation accroît le besoin de mécanismes et de pratiques reconnus par la communauté internationale. Plusieurs études de cas souligneront la pertinence de cette analyse.
Quelle que soit la formule de présentation retenue, le programme pourra être conduit en français ou en anglais.
|